Dette à résorber 02

Dette écologique

La dette écologique : ce que nous devons aux générations qui viennent

Illustration de la dette écologique transmise aux générations futures.
La dette écologique, une des deux dettes à résorber pour Gabriel Attal.

La France a choisi, depuis trente ans, de faire de la transition climatique une priorité nationale. Nos émissions territoriales ont reculé de 32 % depuis 1990. Mieux encore : entre 2010 et 2024, notre PIB a progressé de 18 % pendant que l’intensité carbone de notre économie reculait de 36 %. Nous avons démontré que croissance et décarbonation ne s’opposent pas. La France a honoré son budget carbone pour la période 2019–2023, compensant intégralement le dépassement de la période précédente. C’est une réussite collective et nous devons en être fiers¹²³.

Ce que la science économique nous dit et qu’on n’a pas le droit d’ignorer

Des travaux récents montrent que les conséquences économiques du réchauffement ont été dramatiquement sous-estimées : une hausse de +1 °C pourrait réduire le PIB mondial de plus de 20 % à long terme. D’ici 2100, en l’absence de mesures suffisantes, la facture pourrait atteindre 50 % du PIB mondial⁴⁵.

Mais surtout, ces recherches tranchent le faux débat de l’exemplarité : pourquoi s’épuiser si les autres ne font rien ? La réponse est claire : un effort de chaque pays entraîne un ralentissement du réchauffement global et donc de ses conséquences physiques et économiques. Un pays déjà vertueux n’a donc pas raison de s’arrêter. Il a toutes les raisons d’accélérer et d’entraîner les autres⁶.

Ce que vivront concrètement nos enfants si nous ralentissons

Un enfant né aujourd’hui aura 24 ans en 2050. Selon Météo-France, d’ici cette date, la France connaîtra cinq fois plus de jours de vagues de chaleur que dans les années 1990 et le seuil des 37 °C deviendra la valeur moyenne pour la journée la plus chaude de l’année. Certaines années, des pics autour de 48 °C deviendraient localement possibles⁷.

Ce n’est pas un inconfort anecdotique : c’est une transformation profonde de la manière de vivre, de travailler, d’étudier, de se déplacer. Les risques de feux de forêt pourraient s’étendre à l’ensemble du territoire, avec jusqu’à 60 jours par an de risque élevé dans les régions méditerranéennes. Les précipitations intenses augmenteraient de 10 %, exposant davantage de Français aux inondations⁸.

Ce sont aussi des vies en danger. Les vagues de chaleur sont déjà associées à une surmortalité : plus de 10 700 décès supplémentaires depuis 2015, dont 2 820 la seule année 2022⁹.

Et c’est une question de patrimoine et de pouvoir d’achat : le coût cumulé des sinistres climatiques en France atteindra 143 milliards d’euros d’ici 2050, soit le double de ce qu’ils ont représenté entre 1989 et 2019. Chaque inondation, chaque canicule, chaque incendie, c’est une facture que nous transmettons à ceux qui ne l’ont pas contractée¹⁰.

Agir plus, pour nos enfants

Pour respecter nos engagements climatiques, nous devons tripler notre rythme annuel de réduction des émissions entre maintenant et 2030 : passer de 1,8 % à 5 % par an. C’est un effort sérieux. Mais il est à notre portée et nous avons déjà montré que nous en étions capables¹¹.

Nous avons déjà fait d’immenses progrès ! Depuis 2017, la France a doublé son rythme de baisse d’émissions de gaz à effet de serre.

Cet effort, nous devons aller plus loin.

En sortant notamment de notre dépendance aux énergies fossiles.

Les énergies fossiles représentent encore environ 56 % de la consommation d'énergie finale en France en 2024. Et la France importe la quasi-totalité de ce qu'elle consomme. En 2025, les importations de combustibles fossiles, pétrole, gaz, charbon, ont pesé 53 milliards d'euros dans les comptes du pays. Pour mettre ce chiffre en perspective : la France a pourtant exporté un volume record de 92,3 térawattheures d'électricité vers ses voisins européens en 2025, générant 5,4 milliards d'euros de recettes, soit dix fois moins que la facture fossile.

L'énergie pèse à hauteur de 58 milliards d'euros dans le déficit commercial de la France. Autrement dit, notre déficit commercial est avant tout un déficit énergétique. Chaque année, des dizaines de milliards partent financer les régimes pétroliers du Golfe, les gazoducs russes, les compagnies d'Afrique subsaharienne, au lieu d'irriguer notre économie.

Acheter des fossiles, c'est financer des budgets de pays dont les intérêts ne sont pas toujours alignés avec les nôtres. C'est une forme de tribut, d'impôt que nous payons à des puissances étrangères, pour maintenir un modèle énergétique du XXe siècle. Libérer la France des fossiles, c’est permettre à nos jeunes de vivre dans une France indépendante.

Je veux une France qui continue à montrer la voie : une rénovation thermique massive pour que chaque foyer soit protégé des canicules comme du froid, l’électrique développé massivement et accessible à tous, une industrie décarbonée qui crée les emplois de demain sur notre territoire. Non par idéalisme, mais parce que c’est la seule façon responsable de transmettre un pays habitable à nos enfants.

Sources

¹ CITEPA / INSEE, « Émissions de gaz à effet de serre et empreinte carbone de la France en 2024 », INSEE Première n° 2077, 2025. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8654458

² INSEE / SDES, ibid. « Entre 2010 et 2024, le PIB a augmenté de 18 % pendant que l’intensité carbone des activités économiques reculait de 36 %. »

³ Ministère de la Transition écologique, « La France a respecté ses engagements de baisse des émissions pour la période 2019–2023 », communiqué de presse, 2025. https://www.ecologie.gouv.fr/presse/climat-france-respecte-ses-engagements-baisse-emissions-periode-2019-2023

⁴ Adrien Bilal & Diego Känzig, « The Macroeconomic Impact of Climate Change: Global vs. Local Temperature », 2024. Prix du Meilleur Jeune Économiste 2026 décerné par Le Monde et le Cercle des économistes. Résultats principaux : une hausse de +1 °C de la température mondiale réduit le PIB mondial de plus de 20 % à long terme. Les approches antérieures, fondées sur les températures locales, sous-estimaient considérablement cet impact.

⁵ Adrien Bilal & Diego Känzig, ibid. En l’absence de mesures suffisantes, la perte cumulée de PIB mondial pourrait atteindre 50 % d’ici 2100. Bilan exprimé en écart par rapport à un scénario sans réchauffement : cela ne signifie pas que nous serons moins riches en valeur absolue, mais que nous renoncerions à une richesse considérable.

⁶ Adrien Bilal, interview BFM Business, 1er avril 2026, et Cercle des économistes, présentation du Prix du Meilleur Jeune Économiste 2026. « Nos recherches montrent qu’un effort de chaque pays entraîne un ralentissement du réchauffement global, et donc de ses conséquences physiques et économiques. » Il est également noté que l’UE, déjà l’une des régions les plus écoresponsables, devrait intensifier ses actions : « Nous sommes encore loin du niveau de décarbonation nécessaire pour le bien-être européen. »

⁷ Météo-France, « Quel climat en France en 2050 ? », projections climatiques selon la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC). https://meteofrance.com/changement-climatique/quels-impacts-en-france-en-2050. Données comparées à la période de référence 1976–2005.

⁸ Météo-France, ibid. Projections à l’horizon 2050 : risque élevé de feux de forêt sur l’ensemble du territoire, jusqu’à 60 jours par an dans les régions méditerranéennes ; précipitations intenses en hausse de +10 %.

⁹ Santé publique France / France Stratégie, « Changement climatique : le coût de l’inaction », repris sur Vie-publique.fr, avril 2023. Plus de 10 700 décès supplémentaires liés aux vagues de chaleur depuis 2015, dont 2 820 la seule année 2022. Coût cumulé de cette surmortalité : entre 16 et 30 milliards d’euros. https://www.vie-publique.fr/en-bref/288904

¹⁰ France Assureurs / Caisse Centrale de Réassurance (CCR), « Impact du changement climatique sur l’assurance à l’horizon 2050 ». Le coût cumulé des sinistres climatiques assurés en France est estimé à 143 milliards d’euros d’ici 2050, soit le double des sinistres de la période 1989–2019.

¹¹ Actualités News Environnement, « Neutralité carbone 2050 : où en est la France dans sa trajectoire climatique ? », février 2026, d’après les données CITEPA et SNBC 3. Réduction actuelle : 1,8 % par an ; réduction requise : 5 % par an sur 2025–2030. https://actualites-news-environnement.com/neutralite-carbone-2050-france-trajectoire/

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